Stéphane Barthod pour Jazz à Caen (jazzcaen.com)

22 juin 2002

 

Que « signifie » le jazz dans ta musique, entre tes influences rock, tes racines vietnamienne et une ouverture « tous azimuts » ?


Le Jazz est le langage musical qui me correspond le mieux car il peut justement réunir toutes ces influences. C'est une forme d'Art par définition ouverte, a la fois une tradition avec ses origines & son histoire & un mouvement culturel qui n'a cessé de se développer tout au long de ses rencontres & métissages.


Tu as décrit le jazz comme étant la notion de passer du « beau » vers celle du « vrai ». peux-tu développer ? (voilà-t-y pas un beau sujet de philo ?)


C'est une vaste question, mais je pense surtout à la problématique de l'improvisation : l'essentiel du geste mprovisé est qu'il provienne d'une intention forte & profonde, d'une émotion sincere & d'une inspiration vitale. Toutes les notes peuvent se justifier si elles sont vraies. Inversement, j'irais même jusqu'a dire (surtout pour les étudiants) que si l'on a raté une phrase, c'est que l'on n'y croyait pas assez.


Tes racines vietnamiennes sont-elles très présentes dans ton enfance et ton éducation (tes parents écoutaient je crois de la musique classique et traditionnelle), ou bien est-ce surtout de jouer de la musique qui t'a amené

à remonter aux sources ?


J'ai été environné de musique vietnamienne dans mon enfance mais c'était une influence passive, à laquelle je n'avais pas spécialement goût. Il m'a fallu attendre mes premiers projets solo (Miracles, 1989; le morceau "Vent d'Automne" dans le CD "Esimala" d'Ultramarine; Tales from Viet-Nam, 1995) pour commencer ce retour aux racines & faire venir à jour ces premières influences inconscientes. Un travail de recherche & d'étude, pas du tout un exercice inné.


Apprendre le monocorde avec Truong Tang (peux-tu préciser à quelle époque) a-t-il changé ta façon d'appréhender la guitare ?


J'ai commencé à apprendre le monocorde à mon 1er séjour au VN, en 1979, puis j'ai continué à Paris avec Truong Tang. J'ai surtout appris une technique, que j'ai appliquée à la gtr électrique avec vibrato. J'ai aussi senti, car je n'étais pas très bon, qu'il valait mieux que je travaille à "vietnamiser" la gtr que d'apprendre les instr trad viet.


Tu utilises l'ordinateur pour monter des maquettes. Est-ce pour toi un instrument à part entière, pour la composition, l'arrangement ?


Je fais tout avec l'ordinateur, beaucoup plus que des maquettes & la composition. Je prépare des séquences avec lesquelles les musiciens jourent sur le disque (déjà dans "Miracles" ou même "Programme Jungle" il y a des séquences de QY 7 !) J'enregistre des parties qui se retrouveront sur le mix final (j'ai commencé avec "Tales from VN" avec des enregistrements d'instr trad, de sax/flute & de gtr) Maintenant j'ai réalisé les deux CD de Huong Thanh entièrement à la maison, mix compris. Actuellement je mixe la totalité de mon prochain CD à la maison, après avoir transféré sur mon disque dur les prises live enregistrées au studio Davout à Paris.


Tu collabores régulièrement avec Peter Erskine depuis ton premier album solo jusqu'à l'album ELB. Tu te sens des affinités musicales particulières avec lui ou est-ce surtout une question de rapports humains ?


Depuis "Miracles", Peter a toujours été mon "bon ange" en me recommendant dans diverses situations qui ont toutes été marquantes pour moi : Jazzpana & Sketches avec Vince Mendoza, la rencontre avec le label ACT, en sept je vais jouer avec lui avec le Philarmonique de Berlin dirigé par Simon Rattle. Mais c'est avant tout un batteur fantastique, qui allie précision & swing, finesse & goût. J'ai beaucoup appris avec lui.


Sans être toi-même « mono-hendrixo-manique », Jimi Hendrix revient régulièrement dans ton parcours, plus en tous cas que chez d'autres guitaristes. Que représente-t-il pour toi ?


Le père de la gtr électrique par l'utilisation exacerbée de la dimension sonore offerte par l'électricité - les effets, la distorsion, le "bruit"; le symbole de l'engagement viscéral du musicien dans son acte d'expression - comme si chaque note était la dernière.


Ton prochain album est justement centré sur Hendrix. Où en es-tu de ce côté ? Et comment as-tu rencontré Terry Lyne Carrington ?


Je mixe & dois finir le 4 juillet. Sortie du CD & premiers concerts début octobre, le 19 oct à la Cité de la Musique, le 14 fev à Caen !

L'agent de Terri Lyne, qui m'avait invité sur un projet autour de Hendrix à Stuttgart en 1995, m'a contacté pour me demander de remplacer Robben Ford dans le groupe de Terri sur une tournée en avril 2000. Je suis resté !


Tu as enregistré dans beaucoup de formules différentes, du trio au big band. Je ne te connais pas de prestations en solo ou en duo. Cela ne t'attire pas ou l'occasion ne s'est-elle pas présentée ? (ou bien j'ai raté un truc ?)


C'est en effet rare. J'ai fait 3 concerts en solo. J'aime ça mais je dois dire que je trouve cela assez triste - une des raisons pour laquelle je fais de la musique est de jouer avec des gens ! J'ai fait quelques concerts en duo, un super avec Paolo Fresu parce que Furio di Castri était bloqué dans un aéroport, un autre super avec John Taylor, un autre avec Jon Balke. Ca m'intéresse mais rien de concret pour l'instant.


Interview par Stéphane Barthod,

Jazz à Caen (jazzcaen.com), 22/06/02

 
 
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